Namaste (bonjour en hindi) les Fasfooters ! Depuis quelques jours, il ne vous a pas échappé que certaines anciennes gloires du ballon rond, parmi lesquelles Robert Pirès et David Trezeguet, se sont engagées dans une nouvelle aventure, celle de l'Indian Super League, le futur championnat indien de football. L'Inde, un nouveau marché où le football n'est pas encore sport roi. Et pour conquérir un nouveau marché, à l'instar de la Major League Soccer il y a quelques années, l'ISL n'hésitent pas à mettre les moyens. Quelle est la place du football dans ce pays peuplé de plus d'un milliard d'habitants ? Ce projet a-t-il une chance de se pérénniser ? Présentation.

ISL, Indian Super League

ISL, Indian Super League

L'Inde, une terre où le football tatonne 

 

A plusieurs endroits du globe, le football n'est pas encore un sport majeur. En Amérique du Nord, le soccer prend une ampleur somme toute progressive depuis la WorldCup94. En Océanie, et malgré le passage de joueurs de renom (Del Piero, Heskey, Romario...), le football n'est pas encore en odeur de sainteté malgré la volonté affichée d'organiser la Coupe du Monde 2026. En Asie, l'attrait pour les vedettes de la Premier League et pour les championnats occidentaux est certain, mais les résultats des équipes locales sont très contrastés, les stades vides. Enfin, et à l'instar des trois sphères géographiques précédemment évoquées, l'Inde veut ouvrir grandes ses portes au ballon rond. Et cette volonté n'est pas nouvelle et répond à divers desseins.

 

Tout d'abord, l'Inde veut se faire une place dans l'organisation d'événements sportifs internationaux. A l'instar de l'Azerbaïdjan (qui ambitionne, entre autres, d'organiser une épreuve de Formule 1 en 2016) et, dans une plus grande mesure le Qatar (organisateur du Mondial de football 2022), l'Inde souhaite, par le développement du football, sport le plus populaire de la planète et le 2e sport le plus apprécié dans le pays après le cricket, devenir un acteur qui compte. Ainsi, l'Inde organisera, en 2017, la première compétition internationale de son histoire avec le championnat du monde des moins de 17 ans. Un tournoi qui avait eu lieu, l'année passée, aux Emirats arabes unis. Considéré comme un pays émergent, l'Inde affiche une croissance économique constante de 5% (moyenne) depuis plus de 20 ans. De quoi attiser les convoitises.

De nombreux investisseurs, mais aussi des amoureux du football, voient dans ce pays-continent riche de plus d'un milliard d'habitants un incroyable marché. Un championnat national de football existe déjà depuis 1996 (initialement baptisé National Football League), rebaptisé "I-League" en 2007 pour le rendre plus professionnel (à l'instar de la J-League au Japon ou encore de la K-League en Corée du Sud). Ce championnat reste, à ce jour, composé de 14 équipes, principalement situées dans le Bengale-Occidental et à Goa, deux états où le football est l'égal du cricket, voire plus. Cependant, les formations de cette ligue n'ont enregistré aucun résultat significatif dans les compétitions continentales. 

 

Quand est-il de la sélection indienne ? Eliminée directement au 2e tour par les Emirats arabes unis lors des qualifications à la Coupe du monde 2014 au Brésil (2-2, 0-3), l'Inde végète actuellement à la 151e place du classement Fifa. Et pourtant, cette sélection a bien failli prendre la route du Brésil lors du Mondial... 1950. Mais les instances de la Fifa avaient alors refusé que les joueurs de la sélection évoluent pieds nus. A l'échelle asiatique, l'Inde est un nain footballistique, et stagne autour de la 30e place des nations de ce continent. De ce constat douloureux, de nombreuses personnalités indiennes veulent faire évoluer le football sur l'ensemble du territoire, à l'instar de Sachin Tendulkar, vedette du cricket indien, qui s'est acheté une franchise de la nouvelle ligue de tous les espoirs : l'Indian Super League (ISL). D'autres grands groupes et milliardaires locaux sont derrière ses futures écuries.

L'ISL dans les pas de la MLS...

 

Quoi de mieux pour se faire connaître à l'international que d'investir, si possible massivement ? Dès 2012, une petite ligue, avec des franchises, proche de la Major League Soccer aux Etats-Unis a failli voir le jour. Ainsi, un mini-championnat à six franchises devait se dérouler entre la mi-février et la mi-avril, en matches aller-retour, sur dix journées. Deux acteurs principaux sont alors derrière ce projet : Indian Football Association (l’IFA) et la Celebrity Management Group (CMG), une société de spectacle. Le premier veut développer la pratique du football à travers le territoire indien, le second est plus intéressé par le business que celà peut engranger. C'est d'ailleurs la CGM qui s'était dit prête à offrir des salaires colossaux à des joueurs proche de la retraite, ou d'anciennes gloires du football, afin de faire briller mais aussi d'approter un savoir-faire (Hernan Crespo, Fabio Cannavaro...). Mais cette tentative sera vaine, remballée dans les cartons. 

 

Puis vint l'Indian Super League, imaginé en octobre 2013. Cette dernière verra le jour le 24 septembre prochain et devrait durer près de deux mois. Au menu : 8 franchises (Atlético de Kolkata,  Bangalore Titans, Delhi Dynamos FC, Kerala Blasters FC, Mumbai City FC, North East United FC, FC Pune City, Bangalore et Goa) qui s'opposeront dans le cadre d'un championnat classique avec des formations qui se rencontrent à deux reprises, les quatre premières seront retenues pour des play-offs, avec des demi-finales et une finale. Pour composer un groupe de joueurs, ces huit franchises doivent respecter des règles bien précises : un seul joueur "star" par équipe (appelée « marquee player »), de 7 autres joueurs étrangers et de 14 joueurs indiens (4 issus de la ville).

Côté sponsors, le géant automobile Honda (Hero MotoCorp) sera le sponsor principal de l'ISL, le groupe audiovisuel Star TV (dont le siège est à Hong-Kong) assurera la retransmission des matches. D'autres sponsors viendront se greffer sur les maillots notamment.

 

Mais pour offrir un rayonnement mondial, différents médias font leurs choux gras sur les arrivées, ou possibles arrivés de ces huit stars. Cinq sont déjà connus : Luis Garcia (36 ans, Atlético de Kolkata), Joan Capdevila (36 ans, North East United FC), ainsi que David Trezeguet (36 ans, FC Pune City), Robert Pires (40 ans) et Fredrik Ljungberg (37 ans). Ces deux derniers ex-Gunners, dont la venue en Indian Super League a été officialisée, ne disposent toujours pas de franchises. Et sur ce point, comme d'autres, de nombreuses incertitudes planent encore autour de ce nouveau championnat.

 

Existe t-il cependant un point commun concret, à ce jour, entre la Major League Soccer et l'Indian Super League ? A l'instar du partenariat privilégié entre le New York City FC et Manchester City, deux franchises indiennes ont scellé des accords avec des grandes écuries européennes. Ainsi, l'Atlético de Kolkata, comme son nom le laisse entendre, est lié aux champions d'Espagne en titre. De son côté, Pune City est proche de la Fiorentina. Cette alliance permet ainsi à la future maison de Trezegol de compter 4 joueurs qui évoluaient en Serie A (Emanuele Belardi, Bruno Cirillo, Daniele Magliocchetti et Davide Colomba). 

... à quelques détails près ! 

 

Depuis quelques jours, les effets d'annonces se multiplient. Mais les matches de l'ISL, qui devraient débuter le 24 septembre prochain, ne sont pas encore garantis. Ainsi, Robert Pires et Fredrik Ljungberg, "Marquee players", ne sont pas encore affiliés à une franchise. Pire, Goa n'a pas encore de nom et de logo pour son équipe, ni de stade. Cinq des huit franchises engagées n'ont toujours pas d'entraineurs ! Seul Franco Colomba, qui a multiplié les expériences sur les bancs italiens (FC Pune), Harm van Veldhoven, passé par des clubs belges et néerlandais (Delhi Dynamos), Antonio Lopez Habas, éphémère coach de Grenade, Valence et le Celta (Atlético de Kolkata). Ruud Gullitt, sans club depuis son expérience au Terek Grozny, pourrait débarquer en Inde dans les prochains jours. 

 

Reste, à l'instar des championnats chinois ou encore du golfe, à remplir les stades. Ce qui ne devrait pas être chose simple lorsque l'on sait que l'affluence moyenne dans les enceintes sportives indiennes la saison passée était de moins de 5000 fans. A noter que le Salt Lake Stadium de Calcutta compte pas moins de... 120000 places.

 

Salt Lake Stadium, 120000 places.

Salt Lake Stadium, 120000 places.

Plus marketing que populaire 

 

Comme à chaque création de ligue, de franchises, la question du public, de l'encrage populaire fait débat. L'arrivée de stars en pré-retraite, ou même en retraite, payées des centaines de milliers de dollars, pourraient créer quelques réticences. Dans le championnat indien actuel, un derby Mohun Bagan – East Bengal arrive à rassembler plus de 100000 personnes dans le Salt Lake Stadium. Les joueurs sont pour la plupart des locaux. Certes, le discours des responsables de l'ILS, ainsi que son réglement, insistent sur le fait que les franchises émergentes se composent à 70% de joueurs indiens. De plus, ces équipes implantées dans le championnat traditionnel ne voudront pas céder leur espace pour quelques semaines à ces "nouveaux riches". Alors, la mayonnaise tournera t-elle au vinaigre pour l'ISL ? Le processus est lancé, reste à en connaître les premiers résultats. D'ici là, nul doute que l'Indian Super League va faire parler d'elle.

Retour à l'accueil