Amis Fastfooters. Votre site innove et vous propose désormais, chaque semaine, un focus sur un club qui suscite un vif intérêt de part ses initiatives, ses succès et ses revers avec, pour étayer le propos, la parole donnée à un ou plusieurs supporters. Ce samedi, zoom vous est proposé sur Tottenham qui peine aussi bien à briller sur la scène nationale que continentale. Au-delà de sa décevante 12e place en Premier League, l'autre club de Londres a-t-il su bien négocier le virage du football business ? Pour entrer au coeur du club londonien, Ben, résident à Londres et fidèle supporter de White Hart Lane, apportera son éclairage. Spurs.

Le fantôme de Gareth Bale plane toujours sur White Hart Lane.

Le fantôme de Gareth Bale plane toujours sur White Hart Lane.

Tottenham Hotspur, un nom qui fait rêver ? Depuis plusieurs années déjà, la formation du Nord de Londres tente de se frayer un chemin pour atteindre le prestigieux Big Four du championnat d'Angleterre. Très ambitieux, disposant de fonds non négligeables, le club de Hugo Lloris vit, cette saison encore, dans l'ombre de deux de ses grands voisins, Chelsea et Arsenal. Et le fossé semble, depuis le reprise, se creuser. 

 

2001-2012 : une politique des petits pas

 

Sur le volet sportif, Tottenham affiche un palmarès famélique à la fin des années 90, avec un dernier titre de champion d'Angleterre en 1961 ou encore deux coupes de l'UEFA soulevées en 1972 et 1984. Il y a encore 15 ans, le club des quartiers dits "chauds" du Nord et des populations juives de la mégalopole anglaise, est à la recherche d'un nouveau souffle. 

 

C'est à ce moment-là, deux ans même avant l'arrivée de Roman Abramovitch à Chelsea (en 2001) qu'un homme va se décider à prendre en main les rênes de Tottenham. Son nom : Joe Lewis. L'homme d'affaires britannique débourse 25 millions d'euros pour devenir le patron. Le club londonien fait alors son entrée en bourse. Très progressivement, Lewis, qui a forgé sa fortune au début de la décennie 90 sur la spéculation boursière et immbolière, va devenir le boss des Spurs en rachetant, notamment, les parts de l'ancien président, Alan Sugar, en 2007, et les parts de Stelios Haji-Iouannou en 2009. Deux ans plus tard, une société d'investissement britannique, ENIC, détenue par Joe Lewis et Daniel Lévy, l'actuel président exécutif de Tottenham, va devenir actionnaire majoritaire. Aujourd'hui, ENIC détient près de 86% du club londonien. A noter que depuis la fin des années 90, Joe Lewis cherche à réinvestir une partie de sa fortune dans le football. Il a notamment fait quelques investissements du côté du Slavia Prague et des Glasgow Rangers.

 

Côté terrain, Tottenham est un club qui végète en milieu de tableau (12e à l'issue de la saison 2000-2001, 10e en 1999-2000) lors de l'arrivée de Lewis. Cinq ans après l'arrivée du businessman, qui a confié le terrain au technicien Martin Jol, l'équipe commence à enregistrer de bons résultats (5e en 2005-2006, 5e en 2006-2007). Après un passage à vide sous l'ère Juande Ramos, qui rafflera cependant une Carling Cup, c'est lors de l'exercice 2009-2010 que Tottenham va commencer à voir grand. Outre le fait de vaincre, en championnat, son ennemi de toujours, Arsenal (une première depuis plus d'une décennie), le Tottenham de Harry Redknapp termine la saison 4e de Premier League. La saison suivante, le club s'incline en 1/4 de finale de la C1, contre le Real Madrid (4-0,1-0) avant de finir, pour la deuxième année de rang, à la 4e place du championnat. La stabilité est alors de mise et le spectacle assuré par des joueurs tels que Luka Modric, Gareth Bale ou encore Rafaël Van der Vaart. Cependant, du fait de la victoire de Chelsea en Ligue des Champions, les Spurs ne peuvent prétendre, l'année suivante, à participer à la plus convoitée des compétitions continentales.

 

Depuis son arrivée une décennie plus tôt, Joe Lewis, classé parmi les personnalités les plus fortunées de la planète par le magazine Forbes en 2001 (308e rang en 2013), n'adopte pas une politique dépensière ostentatoire comme son confrère de Chelsea, le Russe Roman Abramovitch. Sur le marché des transferts, rien de renversants : signatures de Robbie Keane (2002, 10 M€) ; Jermaine Defoe (2004, 10 M€ en provenance de West Ham) ; Luka Modric (2008, 21 M€ en provenance du Dinamo Zagreb), Peter Crouch (2009, 10 M€) ou encore Rafael Van der Vaart (2010, 11 M€ en provenance du Real Madrid)... Lors de l'intersaison 2012-2013, Tottenham va faire l'objet de bon nombre de convoitises. Et si c'était le début des ennuis ?

Investir, ce n'est pas gagner.

Investir, ce n'est pas gagner.

Le départ de Modric, premier tournant
 

A l'issue de la saison 2012-2013, Tottenham a joué des muscles pour accrocher sa 4e place en championnat mais n'accède pas à la Ligue des Champions. Une donne qui va très certainement accélérer les départs de l'expérimenté Rafael Van Der Vaart vers Hambourg et surtout de la perle croate, Luka Modric (élu joueur de la saison 2010-2011) pour le Real Madrid. Mais lors de ces reventes, Tottenham réalise de belles plus values (2 M€ pour Van der Vaart, 14 M€ pour Modric). Pour rester compétitif et séduire, le board des Spurs recrute Adebayor, Dembélé, Lloris ou encore Vertonghen et fait appel à un entraîneur en quête de revanche après un passage raté à Chelsea, André Villas-Boas. Pour la première fois sous l'ère Lewis, Tottenham a déboursé près de 50 millions d'euros sur le marché estival des transferts. "A ce moment-là, on était presque l'égal d'Arsenal, mais les Gunners ont recruté depuis Ozil et Sanchez alors que nous, nous n'avons jamais remplacé Modric ou Van der Vaart. Ils nous ont echappés", regrette pour sa part Ben, supporter des Spurs. 

 

Et pourtant, sur les prés anglais verdoyants, Tottenham est loin d'être à l'agonie. Les Spurs battront même, lors de cet exercice, leur record de points en Premier League (72) grâce notamment à un époustouflant jeune Gallois, Gareth Bale (21 buts en 33 matches). Acheté 14,7 M€ à Southampton en 2007, Bale quittera les bords de la Tamise pour retrouver son ancien comparse à Madrid, Luka Modric, pour environ 91 M€. Soit l'un des plus importants transferts de l'histoire du football. Nouveau virage pour Tottenham, qui va tenter de batir une nouvelle équipe, capable d'entrer en concurrence avec les mastodontes et ce dans la perspective du titre. Depuis la vente de Modric, combinée à celle de Bale, Tottenham est entré dans la cour de ceux qui comptent et qui agitent les marchés des transferts à coup de dizaines de millions d'euros. 

Ben et son père, deux fidèles de Tottenham et de Thefastfoot.

Ben et son père, deux fidèles de Tottenham et de Thefastfoot.

Les joueurs changent, le public aussi 

Avec les modes Modric et Bale mais aussi les nouvelles ambitions affichées, la physionomie du public change dans les travées de White Hart Lane. Reconnu pour avoir un public populaire, Tottenham va accroître ostensiblement le prix de ses places et voir arriver une population plus aisée, et parfois moins fervente. Ben réagit : "Je veux bien qu'on dise que nous sommes un club populaire, mais en vérité, la donne change ces derniers temps. Chaque match, on voit de plus en plus de "touristes" venir juste pour regarder un match de PL, soit un match de Tottenham, soit un match d'un autre club. Peu importe. Ce phénomène vient aussi de la politique menée par Daniel Levy, qui voit le club plus comme un pot à argent qu'une équipe de foot."

 

Dès la fin des années 2000, le sponsoring se développe de manière exponentielle : Under Armour, EA Sports, Carlsberg ou encore Thomas Cook Sport accolent leurs enseignes à côté du nom Tottenham. Hp sera le sponsor maillot principal avant de faire place, depuis peu, à une grande entreprise d'assurance asiatique, AIA, qui a paraphé un contrat de 80 millions de livres pour apposé son nom sur la tunique blanche de Tottenham pour les 5 prochaines années. Des sponsors qui sont attirer par la politique du "Rêvons plus grand" affichée par les dirigeants et par son entraîneur jeune et charismatique, André Villas-Boas. Mais que faire de la manne financière héritée du transfert de Gareth Bale ?

 

I feel like the ghost of Bale is still very present at Tottenham. That's not strange when you look at how much he meant to the club and the fans. It's not easy to replace him, but we're getting there.

Nacer Chadli (15.11.14) on Daily Mail

 

 

Entre 90 et 100 millions d'euros, c'est la somme qui va verser le Real Madrid à Tottenham. Cette pluie de billets a de quoi donner quelques idées au board des Spurs. Oui mais voilà, comme souvent lorsqu'un club bénéficie d'une importante somme d'argent, les autres écuries veulent récupérer une grosse part du gâteau. Dès lors, l'inflation est de mise sur le marché des transferts. Nous sommes à la fin de la saison 2012-2013 et l'intersaison estivale va s'annoncer très très juteuse outre-Manche (près de 743 millions d'euros investis sur le marché des transferts). Tottenham réinjecte sur ce marché pas moins de... 115 millions d'euros avec de jeunes talents en devenir comme Capoue, Chadli, Chiriches, Eriksen, Lamela, Paulinho ou des joueurs plus confirmés comme Soldado. Un point commun : c'est leur première expérience en Premier League. 

 

La saison suivante, la mayonnaise ne prend pas. Villas Boas est débarqué et son adjoint, Sherwood, redonne un peu de baume au coeur, un temps. Tottenham termine l'exercice 2013-2014 à la 6e place de Premier League, à 17 longueurs du champion, Manchester City. Loin des espoirs fondés par ses investissement colossaux. 

White Hart Lane avant...

White Hart Lane avant...

... après !

... après !

Copier Southampton...

 

Aujourd'hui, Tottenham est rentré dans le rang en Premier League, capable de coups certes mais incapable de viser le titre. Ayant vécu quelques saisons au-dessus de ses moyens, l'un des clubs phares de la capitale essaye de revenir aux fondamentaux, en s'appuyant sur de jeunes joueurs. Une option qui déplait aux fans volatiles évoqués précédemment par Ben mais qui fait naître de vrais espoirs de lendemains qui chantent auprès des supporters. "J'espere que Lamela deviendra notre prochain "top player". On a aussi quelques jeunes comme Harry Kane, Ryan Mason et Eric Dier, qui ont du talent. Pour moi, Il faut se concentrer sur l'équilibre globale de l'équipe et non sur ses individualités. Je préfererai voir onze joueurs moyens qui jouent comme une equipe, qu'onze joueurs exceptionnels qui veulent chacun être la "star". Comme on a vu avec Bale et Modric, les "top players" quittent le club, mais si on a une philosophie qui perdure au sein du groupe, ca durera", précise Ben.

 

Dès lors, les Spurs seraient en train de prendre un toute autre virage ces derniers mois. Tentée, un temps, par la politique dépensière des "grands" que sont les deux Manchester, Chelsea et Arsenal, la direction des Spurs jouerait la carte "Southampton". Une option "du pauvre" qui consiste à faire éclore de jeunes footballeurs talentueux, et de les revendre au prix fort, quitte à se montrer intransigeant (exemple de Schneiderlin), tout en supervisant des joueurs à fort potentiel, tel Pellè. Pendant de longues années, Tottenham a délaissé le "scoutisme", la fait d'avoir des recruteurs basés à travers le monde pour dénicher les perles de demain. Et le président exécutif de Tottenham, Daniel Lévy, s'agite actuellement en coulisse pour recruter l'un des hommes les plus convoités du Royaume : Paul Mitchell. La belle transition de Southampton, 2e de Premier League, c'est lui. Mitchell, qui a travaillé deux saisons avec Pochettino, ancien technicien des Saints et aujourd'hui sur le banc Tottenham, pourrait devenir, dans les prochaines semaines, le nouveau responsable du recrutement des Spurs. Pour l'heure, Mitchell se fait désirer.

 

Et pourtant. De l'avis de bons nombres d'observateurs en Angleterre, Tottenham doit revoir complétement son équipe. Lloris, Kane et Mason sont quelques joueurs épargnés par les critiques. Ces dernières vont essentiellement à l'encontre du plan de jeu, trouble depuis le départ d'Harry Redknapp, et sur l'absence de leaders sur le terrain.

I think at Tottenham we have very good players who can fight for first position in the Premier League.

Federico Fazio (14.11.14) on Daily Mail

 

 

 

... mais gare à la moindre fausse note ! 

 

Tottenham reste, malgré les résultats poussifs de ce début de saison, l'un des clubs au plus fort pouvoir d'attraction. Outre une bonne santé financière, les Spurs évolueront d'ici quelques mois dans une enceinte entièrement neuve de plus de 56000 places. Seul Arsenal avait franchi le pas de dépenser beaucoup pour une enceinte qui engendrera plus de recettes. En attendant, la carte jeune et le modèle "southamptien" voulu par Daniel Lévy répond aussi à des contraintes économiques. Et oui, le futur stade coûte pas moins de... 500 millions d'euros aux propriétaires. 

 

Et c'est aussi du côté de la direction que les questions demeurent. En effet, Joe Lewis, actionnaire majoritaire de Tottenham depuis les années 2000, ne serait pas contre, à 77 ans, l'idée de passer la main et de vendre le club. C'est du moins ce qu'a révélé The Mirror en septembre dernier. Mais pas à n'importe quel prix : le businessman souhaite récupérer 1,2 milliards d'euros mininum ! Une belle plus-value en perspective même si, depuis, le principal intéressé a démenti. 

 

En coulisses toujours, le mercato hivernal pourrait bien constituer l'un des tournants (encore !) de la saison de Tottenham. Alors que les plus grands clubs européens devraient garder un oeil sur Lloris jusqu'à l'été prochain, des joueurs sont sur la selette, à l'instar d'Adebayor ou Soldado. D'autres, jeunes, sont ouvertement courtisés (Beharino, Yedlin...). Tottenham sera t-il contraint de céder à prix d'or Harry Kane, le jeune attaquant anglais de 21 ans, auteur de 10 buts en 15 matches toutes compétitions confondues depuis le début de la saison. Enfin, les Frenchies Capoue et Stambouli, pas très loin de l'équipe de France il y a encore quelques mois, arriveront-ils à s'imposer dans un groupe qui comprend tout de même 26 joueurs ?

Pas de doutes, Tottenham reste un club qui intrigue. Les moyens financiers et les joueurs sont là, la philosophie et la politique pâtissent, le terrain ne répond pas. A l'image de son futur stade, annoncé comme l'un des plus beaux et spatieux au monde, Tottenham est un nom qui brille mais la coquille est vide. Les Spurs se cherchent, à défaut de se trouver sur le terrain et de se retrouver en tribunes. Qu'à cela ne tienne, Ben, que nous avons interrogé au lendemain de la défaite des siens à Stoke City (1-2), garde l'espoir que ses Spurs soulèveront, un jour, le trophée de la Premier League ou une coupe européenne. Certains attendent celà depuis 30 ans !

Les Spurs en rêvent !

Les Spurs en rêvent !

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