Salut les Fastfooters. En ce lundi glacial, je suis resté bien au chaud pour regarder la dernière promesse de D8, "Touche pas à mon sport". Et elle s'annonçait des plus belles : une nouvelle émission de sport en direct, à la télévision, censée apporter de la bonne humeur et du débat. Histoire de foutre un bon coup de vieux à "Téléfoot", "Stade 2" et consorts. Pour une première, c'est raté. Hors-jeu complet. TFF n'a pas du tout adhéré à cette pâle copie de "Touche pas à mon poste" et lui adresse un carton rouge d'entrée, synonyme de suspension d'une semaine. Huit jours pour laisser à TPMS le temps de se resaissir. On refera le point.

MEDIA - CARTON ROUGE A TOUCHE PAS A MON SPORT !

1. La Télé, c'est que du "Vu à la Télé"

 

"Touche pas à mon sport". Rien que le titre, le parallèle avec "Touche pas à mon poste", le show bankable de D8, est évident. H2O et son producteur, Cyril Hanouna, ont clairement voulu créer un clône de TPMP, verson sport = TPMS. Le plateau des deux émissions est similaire et le jeu de lumières est très très très chatoyant. Le concept - des chroniqueurs autour d'une table qui réagissent à des sujets rubriqués - est le même. Le maquillage orange était également de mise sur les visages des différents intervenants. Les hashtag étaient dans toutes les bouches.

Le tour de table a de quoi faire grincer des dents. A l'époque de son lancement il y a six ans sur France 4, "Touche pas à mon poste" s'était appuyé sur personnalités du monde des médias, peu ou pas connus du grand public. Ainsi, Cyril Hanouna avait prêté sa confiance à Thierry Moreau (patron de presse), Jean-Michel Maire (ex-grand reporter), Christophe Carrière (critique cinéma) et Enora Malagré (ex-animatrice radio et TV). Seul Jean-Luc Lemoine (humoriste et ex-animateur TV) pouvait faire figure de routinier de la petite lucarne. Mais là. "Touche pas à mon sport" a fait appel presque exclusivement à des personnalités vues "et revues" à la télé.

 

Ainsi, Estelle Denis a téléphoné à des actifs de Canal+ comme Marie Portolano (Canal Football Club) et Philippe Carayon (commentateur football sur Canal+), à un ancien sportif (on peut s'en féliciter !) reconverti dans le consulting, Henri Leconte (Eurosport), Daniel Riolo (chroniqueur dans l'"After foot" en quotidienne sur RMC, animateur d'une émission de poker le dimanche soir sur la même radio et écrivain), Francesca Antoniotti (Ma Chaîne Sport et intervenante dans l'émission 20h Foot sur iTélé) et Dominique Grimault (chroniqueur sur W9 et ex-100% Foot). Bref, pour la nouveauté, on repassera.

 

Même le "Monsieur Twitter" de cette nouvelle émission, Thibault Vezirian, officie sur le plateau de "L'Affiche", émission hebdomadaire de TF1. Au-delà de ce cumul des mandats et de cet apsect "la télé se parle à elle-même", six des sept personnes présentes autour de la table ce lundi soir sont habituées à causer FOOTBALL. Mais la balle est dans le camp de TPMS pour faire évoluer ce casting.

En effet, il y a des motifs d'espoir. Outre Lionel Charbonnier (ex-sportif certes mais champion du monde... de football) et Raymond Domenech (époux de et ex-entraîneur... de football), l'émission conviera dans ses prochains numéros Aïda Touihri (chroniqueuse sur D8 certes et journaliste sportive au début de sa carrière), Jérôme Bureau (ex-rédacteur en chef de L'Equipe) et Laurent Sciarra (ex-joueur de basket, entraîneur et animateur sur Eurosport 2 de la "Team Sciarra"). Intéressants.

 

Malgré tout, on ne va pas se mentir, "Touche pas à mon sport" a d'abord sondé des personnalités liées à la maison mère de D8, Canal+, et à des gens qui ont déjà fait leur preuve depuis des années sur un plateau de la télévision ou à la radio. On regrette donc le côté cumulard de ses derniers. Des têtes bien connues, parfois à la commande de shows, n'est-ce pas un handicap pour créer une ambiance de bande, qui fait la force de sa grande soeur, TPMP ? Très certainement. Un animateur de formation s'accapare le temps de parole. Une aisance certaine qui empêche d'autres de s'exprimer. D'où un brouhaha permanent.

2. Pas de coup de coeurs, que des coups de gueules !

 

Zoomons sur le contenu. L'émission, je vous le rappelle, a été baptisé "Touche pas à mon sport". Objectif : surfer, avec ce titre, sur le succès de l'access prime-time de D8 "Touche pas à mon poste", en exploitant le même concept sur le même plateau tout en voulant apporter de la bonne humeur. Mais il ne faut pas oublier une chose : "Touche pas à mon poste" a certes développé considérablement les "happenings" mais la première et deuxième partie d'émission (TPMP est jalonné de trois plages de publicités de 7 minutes) sont consacrées à des sujets, solides et clivants, et à une rubrique riche et fraîche menée par Bertrand Chamroy.

 

Que dire de TPMS ? Au sortir du week-end, l'émission "sport" n'avait que l'embarras du choix pour choisir un premier sujet. L'équipe éditoriale a opté pour le crachat de Karim Benzema à l'issue de l'hymne national français joué au stade Santiago Bernabéu, avant le coup d'envoi du Clasico Real Madrid - FC Barcelone...

Ce week-end, vous avez peut-être regardé le Clasico ou vous l'avez suivi via le compte Twitter de Thefastfoot. On peut penser, objectivement, que d'autres sujets pouvaient être abordés pour un lancement. Et le sommaire de l'émission n'est pas plus prometteur : Zidane, un bon choix pour le Real ? (sachant que le président Florentino Perez allait s'exprimer en conférence de presse à 19h30) et quelques brèves réactions sur le match. Ainsi, l'émission "sport" part d'un fait anecdotique, extérieur au jeu, pour parler de l'avenir d'un entraîneur et évoquer le match. L'unique "cas" Benzema aura été développé pendant plus de dix minutes, le tout dans un vacarme généralisé. Avec les présentations, un tiers de l'émission venait de s'écouler (en prenant en compte le temps des pubs). 

 

Pour avoir regardé avec délectation ce Real-Barça (0-4), il y avait bien plus à dire sur le jeu des deux équipes. Partir du contenu (général) pour aller au particulier (éventuellement crachat de Benzema, coup de coude de CR7 sur Dani Alves...) en proposant une ouverture (Quel avenir pour Benitez?) est la règle d'or. Une entame d'émission des plus confuses, donc. Certains s'offusquent, d'autres s'offusquent. L'ensemble est incompréhensif. Comme dirait Cyril Hanouna dans son émission : "Pas tous en même temps les chéris". 

3. Des chroniques désastreuses 

 

Au-delà du fait de ne pas être à son aise face caméra, l'humoriste Tony Saint-Laurent a voulu la jouer cool et séducteur à l'égard l'animatrice, une sorte de combo entre Bertrand Chameroy et Camille Combal. En vain. Des images prises sur internet, des railleries sur le physique, des commentaires sous la ceinture. Rires forcés, images détournées, moments de gêne. Rien de drôle, voire même navrant. On n'y apprend rien. A retravailler. 

 

Même constat pour #Thibault, seconde chronique qui jalonne ce programme. On détourne - comme c'est original - le film sur Cristiano Ronaldo, une actu pas vraiment fraiche, pour faire un portrait d'Estelle Denis, l'animatrice. C'est encore plus mauvais que certains montages vidéos du Flop Ten de l'émission "On n'est pas couché sur France 2". A retravailler.

 

Pour le happening de fin de programme, freestyle entre une pro de la discipline et l'invité, Matt Pokora. Pourquoi pas, mais excluant.

4. Invité faiblard 

 

L'importance du parrain. Pour "Touche pas à mon poste", Cyril Hanouna avait fait appel, pour le lancement sur D8, à Gad Elmaleh, star de l'humour. Pour "Touche pas à mon sport", Estelle Denis a misé sur un autre ami du producteur, Matt Pokora. On aurait pu espérer plus costaud pour une première. Certes, le garçon est beau, plait aux jeunes et se revendique fan de l'OM. L'équipe aurait pu contacter un sportif qui a fait l'actu ce week-end ou accorder cinq minutes à un second invité. Par exemple, l'entraîneur de Florent Manaudou... Ah j'allais oublier, l'émission ne parle pas de tous les sports, mais que de foot.

5. Mauvaise appellation 

 

"Touche pas à mon sport" n'a pas respectééééééé les promessssssssses de son titre !!! Oups, on dirait du Gilles Verdez. Passe la cacophonie et les approximations des chroniqueurs, mais que dire du contenu ! En cinquante-deux minutes, TPMS a fait plus que la part belle au football. Ce n'est pas comme si la saison de tennis venait de s'achever avec le sacre de Novak Djokovic, ce n'est pas comme si il y avait eu une petite polémique autour du nageur Florent Manaudou, ce n'est pas non plus comme si il y avait eu des matchs de rugby. Les amis, une question : à qui s'adresse cette émission ? 

 

Certainement pas au mordus de sport, non, qui ont déjà regardé les événements du week-end. Pas non plus aux passionnés de NBA, de cyclisme ou encore de NFL qui n'y trouveront pas leur compte. Ni même à la fameuse "responsable des achats", qui s'intéressera plus à "Bienvenue à l'hotel" (TF1) ou aux "Reines du shopping" (M6). Ni même à ceux qui veulent juste prendre connaissance de l'actu sportif, qui se seront tournés, à raison, vers "Stade 2", "L'Equipe du dimanche", L'Equipe 21, les JT Sport des chaînes d'information continue ou la presse écrite. Ni même à ceux qui ne recherchent que du divertissement après les cours ou le boulot, qui veulent se détendre et qui apprécient Cyril Hanouna. Car la franche rigolade, c'est bien à l'heure d'après. A qui donc s'adresse-t-elle ? Telle est la question.

6. Les 4/3 de Thefastfoot

 

Bon, j'ai regardé cette première. J'ai pas mal balancé, j'ai pas mal critiqué. Mais c'est trop simple. Les audiences seront certainement à la hauteur des espérances pour cette première, car la curiosité, et seulement la curiosité, était là. A l'instar d'un "Téléfoot", les images des rencontres sportives du week-end sont quasi inexistantes. Droits TV obligent. Mais quand même, C+ n'est pas très loin. Cette première s'est cantonnée à du jus de crâne, à du bavardage entre chroniqueurs qui, pour certains, enfoncent des portes ouvertes. Un peu de décontraction, ça viendra. Du rythme, moins de lecture de fiches par l'animatrice, ça viendra. Le fond et la diversité ? C'est là que sera attendue TPMS. 

 

Pour la forme, il y a pas mal de choses à revoir. Le format de 52 minutes ne se prête sans doute pas à la présence d'autant de chroniqueurs. Un ou deux invités à la place seraient une plus-value pour le fond du programme. L'émission doit être moins excluante et ouvrir - tiens, une idée que je défends depuis des mois déjà - sa table à un invité "anonyme", un supporter, un responsable d'association ou à des amateurs. Mais ça, Twitter est censé les remplacer. Triste pour une émission qui a bien plus de moyens qu'un site internet.

 

TPMS peut conserver les codes de TPMP, pourquoi pas : plateau, rubriques, chroniqueurs... Mais elle ne doit pas imiter en permanence sa grande soeur. On dirait que TPMS se coiffe comme TPMP, rit comme TPMP, parle comme TPMP (Estelle Denis en début d'émission à l'un de ses chroniqueurs : "Pas ce petit ton là avec moi"). Ca tourne au guignolesque. On imite, on essaye de faire comme la grande soeur modèle. TPMS doit être une émission à part entière et nul doute que son titre ne l'aidera pas, mais que sa formule évoluera pour exister pleinement. Je l'espère car le traitement du sport à la télévision a besoin d'un sacré coup de neuf. Mais pas avec du vu, et du revu.

Retour à l'accueil