NASRI-2.JPGTFF endosse son costume de pyromane ! Non par souci d'audiences, mais pour tenter de démontrer que la "nouvelle équipe de France", celle de l'après Mondial 2010, d'apparence apaisée et bonne communicante, n'est pas aussi reluisante que l'on veut le faire paraître. De la drôle de célébration du but de Samir Nasri au mutisme en conférence de presse d'Adil Rami, une crise serait-elle en train de couver chez les Bleus? Thefasfoot expose les faits, ses arguments et lance le débat.

 

1 . Samir Nasri, "Ferme ta gueule"

 

ANELKAIl y a deux ans presque jour pour jour, le quotidien L'Equipe rapportait des mots échangés entre le sélectionneur Raymond Domenech et l'un des attaquants tricolores de l'époque, Nicolas Anelka. En Une, ça donnait "Va te faire f*****, sale fils de pute". Peu glorieux. Deux ans plus tard, le langage reste toujours aussi fleuri dans les rangs de l'équipe de France avec, cette fois-ci, dans le rôle du poète, le meneur de jeu des Bleus, Samir Nasri. Pour exalter son égalisation face à l'Angleterre (1-1, 39e), le joueur de Manchester City a pointé son index sur ses lèvres à plusieurs reprises, en prononçant des "Ferme ta gueule" en direction de la tribune de presse. Mais pourquoi une telle invective?


 

NASRIA l'issue du premier match des Bleus, les journalistes présents en conférence de presse attendaient les explications du donneur d'ordre. Et ce dernier ne s'est pas dérobé, assurant que son expression témoignée devant les caméras, et qu'il qualifia de "réaction d'humeur", s'adressait précisément à un journaliste de L'Equipe (décidément !) qui avait remis en cause ses dernières performances lors des matches de préparation. "C'est de la frustration. On m'a descendu en flammes pendant les matches de préparation alors que j'appliquais les consignes du coach" aurait déclaré Samir Nasri à TF1, pour un reportage prochainement diffusé. Explications recevables.

 

2. Adil Rami fait quant à lui la gueule !

 

DUGARRY.JPGCertes, en 2012, Nasri ne s'en prend pas à son sélectionneur, qui lui fait confiance depuis plusieurs mois, mais à la presse. On est donc dans un autre cas de figure que celui d'Anelka vis à vis de Domenech. Avec Samir, on se rapprocherait plus du tirage de langue un brin hilare de Christophe Dugarry, un soir de juin 1998, après un but marqué en phase de poule face à l'Afrique du Sud. A l'époque, l'ancien bordelais répondait, à l'instar de Samir Nasri hier soir, à des journalistes qui s'étaient permis d'émettre des critiques à son égard. Goujats ! Le cas Nasri nous ramène donc aux relations tumultueuses que peuvent entretenir la presse avec les sportifs. Une situation qui n'est pas sans rappeler également l'atmosphère nauséabonde qui s'était instaurée entre journalistes et joueurs du XV de France lors de la dernière Coupe du monde de rugby.

 

RAMIEt pourtant, le micro fait partie du métier, de la com'. Pendant des mois, les reportages, les témoignages autour d'une équipe de France changée, bon enfant, heureuse d'être ensemble ont été propagés dans différents médias. Adil Rami, égérie de cette France bien dans ses baskets, a décidé, à son tour, de ne pas répondre aux questions des journalistes à l'issue de la rencontre face à l'Angleterre en zone mixte. L'ancien lillois, aujourd'hui à Valence, a préféré poursuivre son chemin, sans dire mot, visage fermé. Bien trop rare pour être signalé. Redouterait-il lui aussi la critique? 

 

3. Les journalistes auraient-ils dû fermer leur gueule?

 

Ce n'est pas Thefastfoot qui va vous répondre par l'affirmative. Sur le "fait Nasri" précisément, le joueur reproche à un professionnel du journal L'Equipe de l'avoir chargé sur ses prestations en matches de préparation, face à l'Islande, la Serbie et l'Estonie. Tout d'abord, il est certain que lors de ces trois matches, qui ont façonné le onze de départ face à l'Angleterre à l'Euro, l'ancien marseillais n'a pas été le joueur le plus en vue, plutôt en retrait par rapport à ses deux comparses en attaque, Karim Benzema et Franck Ribéry. La critique est donc, elle aussi, recevable. De plus, cette dernière n'a pas émanée seulement de L'Equipe, qui récolte souvent les lauriers de ces "affaires", mais aussi des talk radio et TV et des analystes web.

 

zzAprès, Samir, parti un peu de manière surprenante la saison dernière d'Arsenal à Manchester City, a dû en voir d'autres en matière de presse outre-Manche. Toute la saison, ce dernier a cumulé les critiques du côté des Citizens. Et ce n'est pas pour rien non plus que son manager, Roberto Mancini, n'en a pas fait un titulaire indiscutable sur sa première saison. Clairement, Nasri, talentueux techniquement, n'est pas encore le patron tant attendu par les passionnés de foot et par les observateurs. Il souffre, et ce n'est pas nouveau, du "Recherche nouveau Zidane désespérément", à l'instar de Yohan Gourcuff ou, dans une moindre mesure, de Marvin Martin. Mais il doit vivre avec. Samir Nasri, qui évolue au top niveau depuis de nombreuses saisons maintenant, doit passer outre la critique, pour produire son meilleur football à chaque sortie. Ce qu'il a fait, en partie, hier soir, en offrant le but de l'égalisation à l'équipe de France (1-1) face aux Anglaiset en étant élu "homme du match" par l'UEFA. Raisons de plus.


4. Vers une gueule de bois?

 

BLANCIl est certain que cette provocation de Samir Nasri n'a aucun caractère dramatique. Ni maintenant, ni dans le futur. C'est juste un signe, une "réaction d'humeur". Que montre t-elle? Que certains joueurs de l'équipe de France, tels que Samir Nasri ou Adil Rami, portés très (trop?) vite sur un piédestal, ne sont pas à leur meilleur niveau actuellement. D'où une certaine frustration, légitime. De là à l'exprimer de la sorte, devant l'Europe du football, il y a un pas. Samir Nasri est un garçon susceptible, qui a réagi à l'orgueil. C'est regrettable, et surtout, ça ne sert pas ses intérêts et ceux de l'équipe de France.

 

Après Knysna, c'était profil bas, tout le monde bosse, et on n'oublie les erreurs du passé par les succès de demain. Et avec les 22 matches sans la moindre défaite des Bleus, la mission est en bonne voie. Les coups de sang ne deviendraient-ils pas légions, vendredi, en cas de défaite face à l'Ukraine, le pays co-organisateur de la compétition? Probablement. Heureusement que l'ambiance au sein du groupe semble être au rendez-vous et que la légitimité du sélectionneur, Laurent Blanc, n'est pas entamée. Sinon, nous pourrions parler de "Knysna bis", avec des joueurs démobilisés, plus concentrés sur ce qui s'écrit dans les journaux que sur leurs performances. Elle est loin l'époque Raymond Domenech...  

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