Pour nombre de supporters marseillais, le titre de champion de France 1999 a été volé. Pour eux, l'heure de la revanche a enfin sonné ce mercredi, 18 heures, du côté du Stade Vélodrome. Un seul mot d'ordre : les joueurs de l'OM doivent lever le pied face à Montpellier, le principal adversaire du Paris-SG pour le titre cette saison. Le feront-ils? Entraîneurs et joueurs ne veulent pas en entendre parler, et pour cause...

 

PSG-Bordeaux, le long traumatisme marseillais

 

FEINDOUNO.JPGReplongeons-nous 12 ans plus tôt. Nous sommes à la 34e journée et dernière journée du championnat de France, les Girondins de Bordeaux, qui se rendaient au Parc des Princes, comptaient un petit point d'avance sur l'Olympique de Marseille, en déplacement à Nantes.


 

Les hommes de Roland Courbis, alors entraîneir de l'OM, ont rapidement ouvert la marque à la Beaujoire par l'intermédiaire de Robert Pires. Dès lors, Bordeaux devait impérativement s'imposer au Parc et Sylvain Wiltord s'y est employé à deux reprises. Mais à chaque fois, les Parisiens sont revenus au score par l'intermédiaire de Bruno Rodriguez d'abord (1-1) puis d'Adailton (2-2) ! Que dire de la réaction du stade, et de certains coéquipiers du Brésilien après son but? Qu'à celà ne tienne, les fans déconfits ont rapidement retrouvé un sourire en coin à la 89e minute lorsque Pascal Feindouno a délivré les siens d'un slalom, offrant au passage le 5e titre de l'histoire des Girondins.

 

Bien des années plus tard, Francis Llacer, qui a porté le maillot parisien pendant près de 15 ans, déclarait: "On n’était pas à 100 % motivé pour faire un résultat contre Bordeaux. Je n’étais pas le seul. Après, peut-être que cela a dû se voir chez moi plus que chez les autres… Etant vraiment frappé de l’empreinte du club et étant né à Paris, je voyais d’un meilleur œil le fait que le titre de champion aille aux Girondins de Bordeaux." Pas joli joli.

 

 

Quelques heures seulement après la joie des Girondins au Parc des Princes, Roland Courbis et certains de ses joueurs s'étaient empressés de crier au scandale. Et pendant des années, sans que cette théorie de l'arrangement implicite ne soit avérée, le fantasme du titre volé à perdurer sur la Canebière et dans l'esprit des Marseillais. "Personne n'a oublié ce qu'il s'est passé en 1999, et ce non-match au Parc entre Bordeaux et le PSG. C'était la deuxième année de Courbis à l'OM. Il méritait d'être champion mais il perd le titre sur quelque chose que l'on ne saura jamais" a témoigné, en début de semaine, José Anigo. Et cette suspicion suscite nombre de questions aujourd'hui...

 

L'OM va t-il jouer le match à fond? Le prétexte de devoir mettre des remplaçants en vue de la finale de la Coupe de la Ligue n'est-il pas un parfait alibi? Ou encore, entre formations du Sud, un compromis n'est-il pas inéluctable? Reste encore à avoir un brin de lucidité et de se rappeler que Louis Nicollin, le bon président du MHSC, ne porte pas dans son coeur le grand voisin marseillais. Et la réciproque est vraie.

 

Ceux qui mettent de l'huile sur le feu

 

Avant le coup d'envoi de ce choc entre Marseille et Montpellier (18 heures), les trois derniers jours ont été riches en déclarations, aussi bien des supporters que des dirigeants ou des joueurs. Il y a ceux qui n'ont pas la mémoire courte et ceux qui ne sont jamais à court d'une nouvelle provocation.

 

GIROUD 2"Mais c'est vrai que s'ils pouvaient se souvenir de cette fin de saison 99 quand Paris avait perdu contre Bordeaux ce qui avait fait perdre le titre à Marseille, ça pourrait nous arranger." Olivier Giroud, attaquant du MHSC.


 

 

"On ne va pas faire les faux-culs (...). Ils ont intérêt à perdre. De toute façon, on va leur rappeler la marche à suivre : il y aura des banderoles "Laissez les gagner" dans les tribunes. Si les joueurs veulent se faire découper en rondelles..." Michel Tonini, le président des Yankees (OM).

 

"Donnons le maximum de possibilité à Montpellier. Que les joueurs restent à leur niveau et qu'ils prolongent cette série de mauvais résultats. Qu'ils ne leur prennent pas la subite envie de marquer et de gagner." Le groupe de supporters marseillais des South Winners 98 dans un communiqué. 

 

"Il faudrait qu'ils [les supporters de l'OM, ndlr.] nous encouragent au Vélodrome. J'attends avec impatience de voir leur comportement. Rien que pour ça, je vais peut-être reprendre les déplacements..." Louis Nicollin, président du MHSC.

 

Ceux qui en appellent à l'équité

 

"Les joueurs vont tout faire pour gagner. Pour bien préparer la finale (de Coupe de la Ligue, ndlr), il faut faire un bon match face à Montpellier. Il faut être réglos pour ne pas ressembler à des tricheurs. On n’en a pas envie. Qui pourrait leur expliquer qu’il faut lâcher le match ? Personne, bien entendu. Vous savez l'amour que j'ai pour le PSG... Maintenant, est-ce qu'on a le droit de lâcher ou de donner des matches ? Bien sûr que non. Personne n'a oublié ce qu'il s'est passé en 1999 où on a toujours l'impression d'avoir été blousés pour l'attribution du titre." José Anigo, directeur sportif de l'OM.

 

2ayew"Je comprends que les supporters ne veulent pas que le PSG soit champion. En tant que marseillais, je ne serai pas le plus heureux si Paris est champion. Mais on va rester professionnel. Ce qui nous importe quand on est sur le terrain, c’est de tout faire pour gagner. Les supporters disent ce qu’ils ont au fond du cœur. On sait tous ce qu’il s’est passé en 1999, on ne va pas refaire l’histoire." André Ayew, milieu offensif de l'OM.

 

"En tant qu'entraîneur, il est impossible que je prépare mon équipe en disant à mes joueurs 'Jouez le match et ne le gagnez pas' et encore moins 'Perdez-le' ! Je ne fonctionnerai jamais comme ça. Si Montpellier gagne le match, c'est parce qu'il l'aura mérité." Didier Deschamps, coach de l'OM.

 

"Ce ne sont pas les premiers propos provocateurs de Michel Tonini, ces derniers mois ou ces dernières années. On peut les prendre au premier degré ou non, cela représente pour moi une partie du folklore marseillais. Ce sont des paroles de supporteurs exploitées par le barnum médiatique. Pour le reste, Michel Tonini n’est pas le porte-parole de l’OM, il ne travaille pas au club, et je rappelle un point fondamental : la culture de ce club est de jouer tous les matchs pour les gagner." Vincent Labrun, président de l'OM.

 

"C’est du bluff. Aucun joueur ne peut lâcher un match de football, par respect pour eux mais aussi pour les autres équipes. C’est impossible", a avoué l'ancien joueur de Rennes sur RMC avant de conclure: "Je ne trouve pas ça logique. En connaissant quelques joueurs là-bas, je peux vous assurer qu’ils ne lâcheront pas le match." Cyril Jeunechamp, joueur du MHSC.

 

"Ce serait débile de leur part de lâcher le match. Croire à ça, ce serait se mentir, ce serait un affront fait au foot." Younès Belhanda, meneur de jeu du MHSC.

 

L'OM a plus besoin de la victoire que des trois points !

 

BRANDAODix défaites sur leurs 11 derniers matches en Ligue 1, les Marseillais sont attendus au tournant depuis près de deux mois. Et le ton est monté entre supporters et joueurs depuis l'élimination certes logique mais avec un certain manque de panache de ces derniers, face au Bayern Munich, en 1/4 de finale de la Ligue des Champions. Pour donner un peu de baume au coeur à des fans en détresse, l'OM a offert une prestation de qualité, dimanche soir, lors du Classico (2-1). Néanmoins, le rendez-vous de fin de saison de la formation phocéenne reste, une fois n'est pas coutume [l'OM a remporte les deux dernières éditions, ndlr.], reste la finale de la Coupe de la Ligue, programmée samedi prochain, face à l'Olympique Lyonnais. Avant cet Olympico, Marseille a besoin de se rassurer, de faire un résultat et de, pourquoi pas accrocher une 5e place en fin de saison [l'OM reviendrait à 7 points de Toulouse (5e) en cas de succès ce soir, ndlr.], synonyme de compétition européenne la saison prochaine. Et oui, car même lors de l'Olympico, les joueurs de Didier Deschamps ne sont pas assurés de la victoire... 

 

Il est certains que cette rencontre face au voisin montpelliérain tombe au pire des moments. Il faut dire que les responsables marseillais avaient sollicité la Ligue pour reporter ce match, initialement prévu le 1er avril, pour se donner une chance supplémentaire lors de la phase retour des 1/4 de finale de la C1 face au Bayern Munich. On connaît le résultat. Un calendrier qui ne fait qu'alimenter les suspiscions. Car en effet, à l'occasion de la réception des hommes de René Girard, Didier Deschamps a décidé, souvent par nécéessité, de modifier son onze de départ.

 

Gardien : Steve Mandanda

 

Défense : Rod Fanni, Stéphane M'Bia, Nicolas Nkoulou, Jérémy Morel

 

Milieu : Charles Kaboré, Alou Diarra, Benoît Cheyrou

 

Attaque : Jordan Ayew, Brandao, André-Pierre Gignac

 

A la décharge de "DD", le technicien olympien ne peut pas s'appuyer sur des joueurs clés en délicatesse physiquement. Loïc Rémy ressent toujours une pointe derrière la cuisse droite, André Ayew joue depuis des mois avec une épaule douloureuse alors que César Azpilicueta souffre de sa cheville droite, suite à un coup reçu par Mohamed Sissoko lors du dernier PSG-OM. Côté montpelliérain, Girard pourra compter sur l'ensemble de son effectif, avec les présences notamment d'Olovier Giroud et Younès Belhanda.

 

L'OM a-t-il les moyens de battre le MHSC?

 

Certains dénoncent la possibilité qu'à l'OM de laisser filer la rencontre face à Montpellier. Mais prenons le problème à l'envers. L'équipe olympienne a t-elle raisonnablement la possibilité de battre ou ne serait-ce que d'accrocher le voisin héraultais? A priori, non. SI l'OM reste sur 11 matches sans victoire, Montpellier présente quasiment la trajectoire opposée en championnat avec 8 victoires, 2 nuls pour une défaite [sur le terrain de Nancy, 1-0]. Et au cours de cette belle série de 11 matches, le MHSC n'a encaissé que 5 buts. 

 

gigiAu-delà des stats de ces deux formations, c'est bien l'état de l'attaque de l'OM, alignée par Didier Deschamps ce soir qui préoccupe. Le Brésilien soigne, à chacune de ses entrées, sa réputation d'agitateur de défense, quitte à jouer des coudes ou des semelles. Il peut être dangereux une ou deux fois lors d'un rencontre. Pour l'efficacité, on repassera. Côté Jordan Ayew, le cadet des fils d'Abedi Pelé a vécu une saison avant et après CAN. Et après le tournoi africain, Jordan n'est plus que l'ombre de lui-même et ses 3 buts toutes compétitions confondues avec l'OM ne plaident pas pour lui. Enfin, l'éternel déception, celui qui fait plus l'objet de moqueries que d'éloges, André-Pierre Gignac, dont le réveil est attendu. Cependant, l'ancien toulousain, qui a peu d'occasion de s'illustrer en tant que titulaire, pourrait bien jouer cranement sa chance. Quitte à s'attirer un peu plus la foudre de supporters marseillais qui ne l'ont jamais adopté.

 

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