C'est la formation russe qui a réalisé le plus beau coup de l'été avec Samuel Eto'o. C'est l'actuel 4e du championnat russe, qui vient de s'offrir le Dinamo Moscou à domicile (2-1). C'est aussi le club de la capitale du Daguestan avec, à sa tête, un richissime homme d'affaires national(iste), Suleyman Kerimov. Enfin, l'Anzhi Makhachkala sera, peut-être, la première équipe de Fédération de Russie à remporter la Ligue des Champions. L'Est n'a plus convaincu en Europe depuis l'Etoile Rouge de Belgrade, c'était en 1991.

ANZHIEt d'ailleurs, l'histoire de l'Anzhi Makhachkala commence en 1991, année de sa sortie de terre, sur les bords de la mer Caspienne. Makhachkala, nom de la ville qui abrite l'Anzhi, est une cité industrielle et culturelle, située à une centaine de kilomètres au Nord de l'Azerbaïdjan et à l'Est du Terek Grozny, le club de la région voisine, la Tchétchénie. Avec une population proche de celle de Rennes (620000 âmes), la capitale du Daguestan n'a rien de touristique. Ses seuls attraits sont une immense mosquée et une non moins grande cathédrale. Mais un homme, Suleyman Kerimov, a l'ambition de décaler le centre névralgique du football russe, de Moscou à Makhachkala. Et pour y parvenir, le milliardaire a de la suite dans les idées.

Suleyman Kerimov, l'autre Abramovitch


Suleyman Kerimov est tout simplement né la même année qu'un certain Roman Abramovitch. Et c'est loin d'être leur seul point commun... Ainsi, les deux Russes se tirent la bourre au niveau du classement Forbes, qui répertorie les plus grandes fortunes planétaires. Avec 17 milliards de dollars, le propriétaire de Chelsea devance de 2,5 milliards, le tout-récent patron de l'Anzhi, arrivé en janvier 2011.

 

Autre similitude entre Roman et Suleyman, le goût pour la politique (tous deux amis de Vladimir Poutine) et pour la démocratie. Ils ont siégé à la Douma. Le premier a même été gouverneur de la Tchoukotka, une petite région au nord-est de la Russie, afin d'échapper, notamment, au fisc. Le second est membre du parti libéral démocratique de Russie, considéré comme ultra-nationaliste. Enfin, les deux font des affaires leur nerf de la guerre ! Pétrole, gaz, potasse, les matières premières sont les principaux terreaux de leurs richesses. Au petit jeu de chercher l'erreur, Kerimov a décidé de bâtir l'un des plus grands clubs d'Europe dans sa région, le Daguestan, et de s'occidentaliser. Son modèle de réussite est le même qu'Abramovitch, bien entendu !


90 millions d'euros pour Samuel Eto'o !


Pour bousculer la hiérarchie du football mondiale, Kerimov n'est pas un fervent supporter du "fair-play financier" défendu par le président de l'UEFA, Michel Platini. Son truc, ce serait plus de faire des coups, à l'instar de son ami Abra. Le Russe de Chelsea avait fait parlé de lui en s'attachant les services de stars, telles que le champion d'Europe Ricardo Carvalho, l'attaquant de l'OM, Didier Drogba (pour 37 millions d'euros) ou encore le portier casqué rennais Petr Cech. Kerimov est en train d'adopter le même schéma, à coup de dizaines de millions d'euros.

 

Voici son recrutement depuis son arrivée, il y a 8 mois:

 

- Janvier : Roberto Carlos (38 ans, défenseur), champion du monde 2002. Il a paraphé un contrat de 2 ans et percevra 9 millions d'euros par saison.

- Février : Jucilei (23 ans, milieu défensif), ex-pensionnaire des Corinthians, contre un chèque de 10 millions d'euros. 

- Mars : Moubarek Boussoufa (23 ans, milieu offensif), international marocain (22 capes). Il a inscrit 10 butsen 23 matches avec Anderlecht la saison passée. Ses services ont coûté 8 millions d'euros. 

- Juin : Balazs Dzsudzsak (24 ans, milieu offensif), international hongrois (38 sélections). Il a marqué 16 buts en 33 matches la saison dernière avec le PSV Eindhoven. Son transfert est estimé à 14 millions d'euros. 

- Août : Yuriy Zhirkov (28 ans, défenseur), international russe (45 sélections) qui a passé 2 années à Chelsea,  a rallié l'Anzhi pour 15 millions d'euros. A noter qu'Abramovitch l'avait acheté 21 millions d'euros au CSKA Moscou...

- Août : Samuel Eto'o (30 ans, attaquant), qui restait sur une saison époustouflante à l'Inter Milan (41 buts en 60 matches toutes compétitions confondues), a été achété 30 millions d'euros. Il a signé un contrat de 3 ans, et recevera un salaire net de 20 millions d'euros par an. Il bénéficie d'ores et déjà d'un jet privé. Il devient, de fait, le joueur de football le mieux payé au monde.

 

77 millions d'euros dépensés en 8 mois, ça reste toujours inférieur à la somme investie, en quelques heures, l'hiver dernier, par Roman Abramovitch pour attirer Fernando Torrès (58 millions d'euros) et David Luiz (24 millions d'euros) du côté de Stamford Bridge. 

 

Les leitmotivs des joueurs

 

Qu'est ce qui peut pousser des joueurs, de classe internationale, à rejoindre un club pour le moment inconnu et aux destinés incertaines? L'argent est évidemment la principale attraction offerte par l'Anzhi. Ainsi, un joueur comme Roberto Carlos, qui a tout gagné, a décidé de répondre en premier aux sirènes de Kerimov... car le Brésilien avait de sérieux problèmes d'argent. Avec 18 millions d'euros en deux petites saisons, l'ancien madrilène a de quoi se refaire la cerise.

 

En ce qui concerne Samuel Eto'o, sa motivation est nettement moins perceptible. Encore en pleine possession de ses moyens à tout juste 30 ans, véritable star du ballon rond à l'échelle mondiale, Eto'o aurait très bien pu encore gagner des titres avec l'Inter Milan ou avec Manchester City, qui l'avait sollicité. Et dire qu'il rêvait de jouer en Premier League... Le Camerounais aurait-il un train de vie très (trop) somptueux qui le conduirait à l'exil en Russie? La réponse est peut-être dans la question. En tout cas, il semble difficile de parler d'amour du maillot...

 

En route vers la Ligue des Champions ?

 

La prochaine cible de Don Kerimov en matière de transfert se nomme Dani Alves, le latéral droit du FC Barcelone. L'homme d'affaires russe pourrait faire, dans les prochains jours, un chèque de 40 millions d'euros à ses homologues catalans, assortie d'un contrat de 15 millions d'euros net par an au Brésilien de 28 ans. Et quand on connaît les problèmes financiers du Barça...

 

Au-delà de l'argent, l'arme secrète de Kerimov pour attirer les grands joueurs dans le fin fond du Daguestan est de mettre l'accent sur le mode de vie. Ainsi, l'effectif de l'entraîneur russe, Gadzhi Gadzhiev, s'entraîne dans la capitale, Moscou, située à 1600 km de Mackachkala ! De plus, le big boss promet un grand stade moderne, aux normes de l'UEFA et aux antipodes de l'actuel vieillisant Dinamo Stadium (20000 places). Le magnat russe pourrait investir pas moins de 200 millions d'euros pour un joyau de 50000 places.

 

Enfin côté sportif, qu'il ne faudrait tout de même pas occulter, l'Anzhi Mackachkala veut glâner un premier titre à l'échelon national avant de renouer avec la Coupe d'Europe. Il faut dire que le palmarès du club est famélique à ce niveau avec... une défaite en tour préliminaire de la feu Coupe de l'UEFA, face au Glasgow Rangers.

 

Finalement, l'Anzhi Mackachkala est un club de nouveaux (très) riches parmi tant d'autres, à l'instar de Malaga en Espagne, du PSG en France, de Manchester City en Angleterre ou du Shakthar Donetsk en Ukraine. Il tentera de s'imiser parmi les valeurs sûres et historiques du foot européen que sont Manchester United, le FC Barcelone, le Real Madrid, le Milan AC et le Bayern Munich. Et d'ici la Coupe du Monde 2022 au Qatar, nul doute que les formations tenues par des investisseurs qataris ou russes, qui se livrent une guerre dans la course à la gloire, partageront l'échéquier du football européen. Ainsi va l'évotion de l'univers du ballon rond...

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