J'ai 30 ans, laissez-moi rêver que j'ai 30 ans ! Tel pourrait être l'air fredonné par cinq entraîneurs qui, dans la plénitude de la trentaine (voire un peu plus), briguent, ou s'apprêtent à briguer, les premières places des charts. Roberto Di Matteo (Chelsea), Andrea Stramaccioni (Inter Milan), Diego Simeone (Atletico Madrid), Leonardo Jardim (Sporting Braga) et Sami Hyypia (Bayer Leverkusen) avaient pour mission de redonner, un temps, le "la" à des groupes aphones. Au lieu de se contenter de la partition, ils s'efforcent de proposer au public, à chaque sortie, un véritable récital. Et le succès est au rendez-vous. Phénomènes éphémères ou techniciens hors-paires? Présentation de cette nouvelle vague.

Andrea Stramaccioni (36 ans, Inter Milan) : A côté, Javier Zanetti fait figure de papy !


STRAMA.JPGStramaccioni n’est pas un nom de chanteur italien qui a participé au festival de San Remo. Et pourtant. Ce Romain de naissance a été propulsé sur le devant de la scène (celle des entraîneurs) bien plus tôt que prévu. Agé de 36 ans, Andrea Stramaccioni a réalisé un coup de maître qui n’est pas passé inaperçu auprès de l'un des impresarii les plus influents d’Italie, Massimo Moratti. Ainsi, au lendemain d’avoir soulevé la Ligue des Champions (!) avec la Primavera intériste (l’équipe des moins de 19 ans ont battu en finale l’Ajax Amsterdam, 1-1, 5 à 3 tab), Stramaccioni le giovani est appelé par le président Moratti, présent dans les tribunes lors du succès de ses jeunes pousses, afin que ce dernier remplace au pied levé Claudio Ranieri sur le banc de l’équipe première. L’ancien joueur professionnel, à la carrière amputée par une grave blessure, accepte sans hésiter.


Il faut dire que "Strama" a très rapidement endossé le costume d’entraîneur. De part sa jeunesse, il s’attèle à faire progresser les bambini romains de l’AZ Sport, le club de ses débuts, avant de faire mûrir les poussins et les cadets de l’AS Rome et de récolter les premiers fruits de ses semences chez les Allievi (U17). Après trois titres en trois ans, Andrea Stramaccioni décide de couper le cordon avec la Louve pour prendre les reines de la Primavera de l’Inter Milan (U19) à l’été 2011 et de la conduire au titre continental (NextGen Series), quelques mois plus tard. Puis, place sur le banc d’un autre champion d’Europe (édition 2010), l’Inter Milan…


Plutôt Montella ou Guardiola ? Pour les fans nerazzuri, Andrea a tout du profil de Montella. Amoureux de la Roma, il a gravi les échelons à une vitesse grand v, devançant même d’une année l’arrivée de l’ancien attaquant de la Squadra Azzura à la Roma [Stramacioni avait 36 ans, Montella 37]. Comme Montella, Stramaccioni réalise un bon départ (spectaculaire victoire 5-4 contre le Genoa le 28 mars dernier), avec des choix pour les moins tranchants : titularisation du mal-aimé Mauro Zarate (buteur à la 74e minute), un schéma en 4-3-3 résolument offensif à domicile et une confiance prêtée à Freddy Guarin, la nouvelle recrue en provenance du FC Porto, qui a remplacé à l’heure de jeu Dejan Stankovic. MaisGUARDIOLA l’effet Vincenzo Montella, débarqué également en fin d’exercice (2010-2011) sur le banc de la Roma, n’a duré qu’un temps, les dirigeants lui préférant l’Espagnol Luis Enrique. Voilà une trajectoire que pourrait connaître Stramaccioni ? Probablement puisque les noms de Villas-Boas, Guardiola ou encore Bielsa reviennent avec insistance. En attendant, la magie Stramaccioni doit continuer d'opérer en Serie A avec deux confrontations face à des équipes du ventre mou : Cagliari (12e) et Sienne (13e). Enjeu : décrocher une place en tour préliminaire de la Ligue des Champions. L’Inter étant, bon gré mal gré, qu’à 4 petits points du quatrième, Naples.

Roberto Di Matteo (41 ans, Chelsea) : "Robbie" King

DI-MATTEO.JPGLe propriétaire des Blues, Roman Abrahamovic, opterait plus volontiers pour Pep Guardiola (FC Barcelone) ou Joachim Low (Allemagne), les couloirs de Stamford Bridge murmurent les noms de Laurent Blanc (France), de Didier Deschamps (OM) ou encore de Marcelo Bielsa (Atletic Bilbao) mais le banc de Chelsea est bel et bien tenu par un néophite, Roberto Di Matteo. Lors de son passage d’entraîneur adjoint à successeur d’André Villas Boas le 10 mars dernier, l’ancien défenseur des Blues (1996-2002) et coach de West-Ham (2009-2011), âgé de 41 ans, était présenté comme le parfait intérimaire, l’homme d’une pige, histoire de boucler la saison. Il faut dire que le nom de Di Matteo n’a rien à voir avec ceux de ses prédecesseurs italiens à la tête des Blues, tels que Ranieri ou Ancelotti.

Di Matteo n’est pourtant pas un nom de pizzaiolo à la sortie de San Remo. Cet ancien défenseur de métier a tout connu, ou presque, dans sa carrière d’homme et de joueur, loin de sa Suisse natale. Plus précisément à Rome, où ilDROGBA signe à l’été 1993 dans une Lazio new look, rachetée par Sergio Cragnotti. Durant trois saisons, Di Matteo va peaufiner son rôle de défenseur polyvalent, sous les ordres de deux techniciens italiens, le légendaire Dino Zoff et l’apôtre du "football total", Zdenek Zeman, aujourd’hui à Pescara. Et le travail a porté ses fruits puisque Roberto Di Matteo le Romain de Suisse intègre l’effectif de la Squadra Azzurra et y demeura comme un pilier entre 1994 et 1998. A l’été 1996 cependant, après un Euro râté [l’Italie a été sorti dès les phases de poules, ndlr.], Di Matteo s’envole vers Londres et le club de Chelsea. A cette époque, Roman Abrahamovic n’y est pas encore le Big boss et les Blues y ont l’accent italien avec des joueurs tels que Gianluca Vialli ou encore Gianfranco Zola...

 

Au sein de ce Chelsea old school, Di Matteo a tout de même remporté une Coupe d'Angleterre [avec un but de Roberto dès la 1ère minute face à Middlesborough], une League Cup et une Coupe des Coupes en 1998 [en faisant tomber le Real Madrid]. Un autre temps. Deux ans plus tard, l'italo-suisse doit mettre prématurément, à 30 ans, un terme à sa carrière de footballeur après une fracture du tibia péroné. Pendant quelques années, l'ancien joueur du FC Zurich profite de sa traversée du désert sportif pour ouvrir deux pizzeria dans le coeur de Londres. Qui a dit que Di Matteo n'était pas un non de pizzaiolo !

 

En 2008, l'ancien de la Lazio laisse mozzarella et tomate pour mettre son grain de sel au sein d'une équipe de troisième division, Milton Keynes Dons. Ce sont ses premiers pas en tant qu'entraîneur. Un an plus tard, il se fait repérer par West Bromwich Albion, alors en Championship, qu'il conduit en Premier League. Après quelques matches difficiles, WBA est 16e et Di Matteo limogé. A la fin de la saison dernière, il se voit proposer le poste d'adjoint de Villas-Boas sur le banc de Chelsea et n'hésite pas une seule seconde. Une expérience pas de tout répis puisque les champions d'Angleterre 2010 sont crtiqués de toute part, du fait du jeu produit et de la personnalité torturée d'AVB. Dès lors, et pour la première fois, c'est un ancien de la maison bleue qui va endosser le survet' bleu d'entraîneur n°1.

AVBAvec quelles ambitions? Début mars, le réservé technicien italien reprend en main une équipe totalement en perdition sous l’éphémère ère AVB [une victoire en 6 matches de Premier League et une contre-performance notable à Naples (3-1), en 1/8e de finale de la Ligue des Champions]. Trois semaines plus tard, le Chelsea de Di Matteo est toujours candidat à une place dans le Big Four, à la Coupe d’Angleterre [les Blues ont accédé au dernier carré après une large victoire face à Leicester (5-2), ndlr.] et s’apprête à défier, en ½ finale de C1, le FC Barcelone… Depuis que Don Roberto est aux manettes, Chelsea enchaîne les bonnes performances (6 victoire, 1 nul et 1 défaite toutes compétitions confondues) et fait revivre des sources dormantes depuis des mois, telles que Fernando Torres ou encore Salomon Kalou. Ce dernier n’exclut même plus de rester dans la capitale anglaise à l’issue de la saison.

 

Des résultats plus qu'honorables que RDM et ses Blues devront fructifier lors des deux prochaines journées de championnat, face à Fulham et Wigan et en 1/2 finale de la Ligue des Champions, face au FC Barcelone de Pep Guardiola. Et qui sait... Di Matteo a bien battu, il y a 14 ans, en tant que joueur, le Real Madrid en finale de Coupe d'Europe. Di Matteo a été le premier en 1997 a ramené, du côté de Stamford Bridge, un trophée 26 ans après une Coupe des Coupes. Et nul doute que l'idée de défier la casa blanca n'est pas pour déplaire au nouvel homme fort de la Blue house !
   
Sami Hyypia (38 ans, Bayer Leverkusen) : Kenny Dalglish a du souci à se faire

HYYPIA.JPGL'un des défenseurs centraux les plus respectés de la dernière décennie, Sami Hyypia, a décidé de se mesurer à un objectif pour le moins ardu : offrir au Bayer Leverkusen, son ultime club en tant que professionnel (2009-2011), un ticket pour la Ligue Europa en fin de la saison. Pour mener à bien son dessein en moins de 60 jours (!), les responsables du Bayer, et le directeur sportif, Rudi Voller en tête, ont décidé de lui associer sur le banc Sascha Lewandowski, qui entraînait jusqu'alors les moins de 19 ans.


Vainqueur de la Ligue des Champions en 2005 avec Liverpool, le nouveau technicien finlandais devra remettre sur de bons rails des Noirs et Rouges abasourdis par une humiliante élimination en C1 face au FC Barcelone (1-3, 1-7) et une série de 4 défaites consécutives en Bundesliga. Pour corser un peu plus le défi du duo Hyypia-Lewandowski, Leverkusen sera opposé, d'ici à la fin de la saison à 4 clubs en lutte pour le maintien et à Hanovre 96, l'un de ses principaux rivaux pour la Ligue Europa. A l'heure actuelle, le Bayer est 7e du championnat allemand, au sein d'un peloton d'équipes à 40 points (Stuttgart, 6e ; Werder Brême, 8e ; Wolfsburg, 9e), et pointe à une longueur seulement de la tant convoitée cinquième place, détenue par Hanovre (41 points). Une coupe d'Europe que la formation de la Rhur n'a plus remporté depuis 1988. De plus, le dernier entraîneur du Bayer Leverkusen a avoir tenu le rôle de joueur et d'entraîneur, Thomas Hörster, qui avait pris les reines de l'équipe après le limogeage de Klaus Toppmöller (février - mai 2003). A cette époque, le Bayer s'était sauvé in extremis de la relégation (15e). Une autre époque. 

 

Diego Simeone (41 ans, Atletico Madrid) : Importateur de catenaccio - A VENIR -

 

SIMEONE-copie-1.JPGA l'instar de Stramacioni, tifoso de la Roma, Simeone a décidé, le 18 décembre dernier, d'entraîner une autre équipe, l'Atletico Madrid, que celle de son coeur, la Lazio, avec laquelle il avait remporté le Scudetto en 2000. A l'instar aussi de Di Matteo et Hyypia, Simeone endosse le costume de coach d'une équipe de premier plan après avoir défendu, avec ferveur, en tant que joueur (et capitaine !), les couleurs de ce même club (1994-1997, 2003-2005). Belle synthèse donc que le cas Diego Simeone.

 

Débarqué lunettes noires et bronzage reluisant à l'aéroport de Madrid en plein mois de décembre, après avoir démissionné du Racing Club, l'Argentin a été appelé à la rescousse par le président Cerezo afin que ce dernier remplace au pied levé Gregorio Manzano. A la trêve hivernale, l'Atletico Madrid est loin des objectifs fixés en début de saison avec 7 défaites, 4 nuls et 4 défaites en championnat. Toujours en lice en Ligue Europa, l'élimination des Rojiblanchi, en 16e de finale de Coupe du Roi, après deux défaites contre la modeste équipe d'Albiceleste (1-2, 0-1) aura coûté la tête de Manzano. En janvier, Simeone reprend donc les reines d'une équipe très inconstante (10e de Liga), devant défier une autre formation déroutante, Villarreal, alors à la limite de la relégation (17e). Le résultat est sans appel pour l'Atletico (3-0) et Simeone est adopté. Les autres matches forgeront l'image d'un technicien plus soucieux des capacités défensives de son équipe que de ses possibilités offensives (victoires 4-0 à la Sociedad et 1-0 à Osasuna, résultats nuls contre Valence et Santander 0-0). Lors de ses 5 premiers matches à la tête de l'Atletico, Simeone n'a pas vu un but encaissé. Le catenaccio est donc de rigueur du côté de Madrid. Aujourd'hui encore, à quelques journées, de la fin, le Real et l'Atletico, les deux formations phares de la capitale espagnole, font partie des 5 meilleures défenses d'Espagne [2e le Real avec 27 buts encaissés, 4e l'Atletico, avec 35 buts encaissés, ndlr.] Le choc, mercredi prochain, à Vicente Calderon, pourrait aussi bien bouleverser la saison de l'Atletico que du Real. A condition de marquer un but de plus que l'adversaire... 

 

Au-delà du championnat, où Simeone a un bilan flatteur (7 victoires, 4 nuls et 3 défaites), c'est sur la scène européenne que l'Argentin connaît ses plus grandes émotions. Dès son premier mois aux manettes de l'Atletico, le hasard a voulu que les Colchoneros défient, en 16e de finale de la Ligue Europa, le club cher au coeur de Don Diego, la Lazio Rome. Simeone et ses joueurs n'ont pas fait de sentiment, aussi bien à l'aller (3-1) qu'au retour (1-0). Aux tours suivants, même punitions, cette fois-ci à l'égard du Besiktas (3-1, 3-0) et de Hanovre 96 (2-1, 2-1). Pas de pitié donc, pas de défaite non plus. Il faut dire que Simeone a toujours aimé se montrer sous son meilleur jour sur la scène europénne [vainqueur de la Coupe de l'UEFA en 1998 avec l'Inter Milan et de la Supercoupe d'Europe, l'année suivant, avec la Lazio, ndlr.]. Une Ligue Europa qui reste plus que jamais l'objectif majeur des Colchoneros, vainqueur de la compétition en 2010. Conscient de l'enjeu, El Cholo avait placé, dans le vestiaire de son groupe, des photos de ce sacre avant le 16e de finale aller de cette compétition, face à la Lazio. Une tactique qui s'était avérée payante.  


Leonardo Jardim (37 ans, Sporting Braga) : Ou comment un entraîneur portugais peut réussir ailleurs qu'au FC Porto ! - A VENIR - 


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